La phobie du premier contact avec le thérapeute

Au début, le seul fait d’être en contact avec le thérapeute « peut faire surgir des sensations et des affects perturbants, des parties dissociatives, des souvenirs traumatiques » (Le Soi hanté, p. 352).

Le contact (thérapeutique) lui-même est redouté, parce qu’il apporte une promesse d’amour, de sécurité et de confort qui ne peut être satisfaite et qui rappelle (au patient) les carences brutales de sa petite enfance (Laurence E. Hedges, citée dans Le Soi hanté, p. 347).

Les patients qui souffrent de troubles dissociatifs, en particulier du trouble dissociatif de l’identité, peuvent entendre en eux-même des avertissements ou des menaces qui les incitent à ne pas parler ou ne pas s’engager dans un travail avec le thérapeute. Les traumatisés chroniques sont souvent inhibés par la honte, la culpabilité et/ou la peur et peuvent avoir beaucoup de mal à mettre des mots sur leurs vécus. Certaines parties de la personnalité du patient peuvent révéler des informations qui mettent mal à l’aise d’autres parties de la personnalité. Les différentes parties du patient redoutent l’effondrement.

Grâce à un « accordage prudent », la relation thérapeutique peut commencer à se développer et le patient sera plus enclin à faire confiance au thérapeute.

La phobie de l’attachement et de la perte de l’attachement

L’attachement est la matrice dans laquelle se déroule toute la thérapie, d’où l’importance d’un attachement sécure. Celui-ci est instauré en partie « grâce à une disponibilité prévisible (plutôt que permanente) » (Le Soi hanté, p. 366).

Un problème central, pour les survivants, est qu’ils perçoivent souvent l’attachement comme dangereux et l’évitent donc, mais se sentent aussi, de façon excessive, en danger de perdre un attachement. Ils sont hantés par la crainte de la trahison et de la perte parce qu’ils les ont déjà vécues [et] sont excessivement attentifs aux signaux de danger dans leurs relations. Les relations d’approche-évitement qui y font suite […] constituent l’environnement fondamental dans lequel la thérapie devra être conduite (Le Soi hanté, p. 321).

Diverses parties de la personnalité du patient vont reproduire différents modèles d’attachement provenant de leur passé non intégré et placer le thérapeute tour à tour dans « le rôle du parent négligent, de l’agresseur sadique, du sauveur idéal ou du séducteur » (Le Soi hanté, p. 351).

Avec le développement de la relation thérapeutique, le conflit entre, d’une part, la phobie de l’attachement et, d’autre part, le besoin d’attachement peut s’intensifier. Le patient est souvent habité par des croyances préréfléchies liées à la maltraitance et la négligence. Celles-ci peuvent aggraver les craintes du patient d’être rejeté, critiqué ou abandonné par le thérapeute.

L’ouvrage Le Soi hanté propose d’un côté un tableau des interventions pour la phobie de l’attachement (p. 358) et un autre tableau des interventions pour vaincre la phobie de la perte de l’attachement (p. 365-366) que nous ne reproduisons pas ici.

Phobie des actions (mentales) liées aux souvenirs traumatiques

Les individus traumatisés et leurs parties dissociatives évitent souvent de prendre conscience de certaines actions mentales particulières (le fait de percevoir, de se rappeler, de prévoir, de ressentir, de penser, de souhaiter, d’avoir un besoin, de décider) en détournant l’attention, en minimisant ou en écartant des sentiments ou des pensées.

De plus, certaines parties dissociatives ont peur de prendre conscience d’actions mentales qui appartiennent à d’autres parties dissociatives. Elles sont donc conditionnées à les éviter.

Phobie des parties dissociatives

Au sein d’une même personne, il peut y avoir certaines parties dissociatives qui évitent certains sentiments (p.e. la colère) et/ou certaines situations (p.e. l’excitation sexuelle), tandis que d’autres parties sont habitées par ces mêmes sentiments et/ou recherchent ces situations. Ces parties sont généralement phobiques entre elles. Il appartient au thérapeute d’exposer graduellement les parties dissociatives de la personnalité les unes aux autres, en respectant le rythme du patient. Pour ce faire, le thérapeute peut intervenir au niveau de la personnalité entière, parmi deux ou plusieurs sous-systèmes (parties) de la personnalité, ou avec une seule partie dissociative.

Phobie des souvenirs traumatiques

Les souvenirs traumatiques peuvent constituer une phobie très intense, d’autant plus si certaines parties dissociatives sont bloquées dans le passé et/ou n’ont accès qu’à une partie fragmentaire du souvenir traumatique dans son intégralité. Ces patients et leurs parties dissociatives ont besoin de beaucoup d’aide pour réaliser que ces expériences appartiennent au passé et qu’elles ne peuvent plus leur faire de mal dans le présent.

Phobies diverses

D’autres phobies courantes chez les patients traumatisés chroniques :

  • la phobie des pensées ;
  • la phobie des désirs et des fantasmes ;
  • la phobie de son propre corps ;
  • la phobie de la prise normale de risques et du changement ;
  • la phobie de l’intimité ;
  • la phobie de la vie normale.

Always use the proper name for things. Fear of a name increases fear of the thing itself (Harry Potter and the Philosopher’s Stone).

Nomme toujours les choses par leur nom. La peur d’un nom ne fait qu’accroître la peur de la chose elle-même (Harry Potter à l’école des sorciers).

[Page mise à jour le 4 octobre 2020]